À l’occasion de la célébration du 64ème anniversaire de l’indépendance de la RDC. Le politique et historien, Thomas Luhaka Losendjola, apporte un éclairage sur la signification du nom Congo, de la relation qui existe entre le Congo et le léopard et les qualités d’un bon leader que les congolais souhaitent voir chez leur chef.
Animal-totem de la RDC, le léopard est le symbole du pouvoir politique pour les populations habitants le bassin du fleuve Congo.
Le léopard, symbole du pouvoir politique en RDC
Dans nos villages, le chef est reconnaissable par le port d’un symbole du léopard. Par exemple une toque en peau de léopard. Le Maréchal Mobutu a rendu cette toque célèbre dans le monde entier. Le léopard est mentionné pour la première fois dans notre Constitution de 1964, dite « Constitution de Luluabourg. » En son article premier, alinéa 4, il est dit ceci : « Ses armoiries (les armoiries de la RDC) se composent d’une tête de léopard. . . ». Au-delà de ce lien politique symbolique entre la République Démocratique du Congo et le léopard, il existe un autre lien, un lien étymologique entre le Congo et son animal-totem.
Ngo signifie léopard en Kikongo
En effet, chez les Bakongo, tribu à l’origine de ce nom Congo, le léopard est appelé « Ngo ». C’était aussi le surnom que les Bakongo donnaient à leurs chefs : Ngo ou léopard. Parce que dans la mythologie Kongo, l’un des grands chefs fondateurs du royaume Kongo était un chasseur des léopards ou il était un grand chasseur comme le léopard. D’où le surnom de Ngo (léopard) donné au chef, au roi en général.
Ki veut dire « chez »en kiteke
Nous l’avons déjà vu dans un autre article, les Teke utilisent le préfixe locatif « Ki », suivi du nom du chef, pour désigner un village, un lieu. Par exemple, chez le chef Ntambo devient en kiteke « Ki-Ntambo »(Kintambo) ; chez le chef Ntsasa donne « Ki-Ntsasa » (que les belges vont franciser en Kinshasa) ; chez le chef Nseso donne « Ki-Nseso » (Kinseso) ; chez Ngasani donne « Ki-Ngasani » (Kingasani) ; etc.
Kongo veut dire chez le léopard
Les Bakongo, en revanche, utilisent les préfixes locatifs « Kwa », « Ku », ou « Ko », selon le cas. C’est ainsi que « chez le léopard » (qui veut dire chez le chef) donne en kikongo « Ko-Ngo ». Le lieu où habite le chef devient « Kongo ». Et c’est ce nom Kongo, francisé par les Belges en Congo, qui sera adopté comme le nom de notre pays, la République Démocratique du Congo. On peut simplement retenir que le Congo signifie le pays du léopard ou le pays où habitent les chefs.
LE LÉOPARD ET LE POUVOIR EN RDC(Ou les 5 qualités d’un bon chef)
Pratiquement toutes les tribus de la RDC ont adopté, dans leurs traditions, le léopard comme animal-totem symbolisant le pouvoir politique. De Pierre Mulele au Maréchal Mobutu, en passant par Patrice Lumumba et Gaston Soumialot, les grands leaders du Congo indépendant ont adopté la toque en peau de léopard pour souligner leur élévation politique et leur volonté d’incarner les qualité de cet animal. Et dans nos villages, l’un des signes distinctifs du chef est le port de ce chapeau particulier.
En adoptant le léopard comme l’animal qui incarne le pouvoir, quelles sont les qualités que les congolais attendent de leurs chefs politiques ? A notre avis, il y en a au moins cinq.
La solitude
Le léopard est un animal solitaire. Sauf en période de reproduction, cet animal vit seul et chasse seul. Pour les congolais, l’exercice du pouvoir est un exercice solitaire. Dans nos traditions, un chef digne de ce nom n’a pas d’amis, de famille, de tribu ni de province d’origine. Après avoir entendu les avis des uns et des autres, le chef décide seul en se basant exclusivement sur l’intérêt de la communauté dans son ensemble. C’est pourquoi le chef est toujours seul sur le « tshipoyi ». Les bakongo le surnomment « Kondolo mpangi » ; c’est-à-dire celui qui n’a pas de famille.
L’intelligence
Le léopard est un animal très intelligent. On peut facilement s’en rendre compte en observant sa tactique de chasse basée sur la surprise. « Le léopard est un prédateur furtif qui s’approche au plus près de sa proie en rampant à couvert avant de lui sauter dessus. Il peut également surprendre sa proie en lui sautant dessus du haut d’un arbre ».
Les congolais attendent de leurs chefs qu’ils soient des hommes ou des femmes intelligents ; qui prennent le temps d’examiner tous les paramètres d’un problème avant de décider. Sans que leurs émotions personnelles n’affectent cet examen, cette analyse et la décision qui y découlera. Le chef doit avoir conscience de l’impact direct ou indirect que ses décisions auront sur la vie des gens.
La force
Le léopard est un animal très fort puisqu’il est capable de soulever, jusqu’à une hauteur de 6 mètres, une proie de 150 kilos ; ce qui représente 3 fois son propre poids. Il pèse en moyenne 55 kilos.
Dans les sociétés congolaises, on attend du chef qu’il fasse preuve plutôt d’une force morale. C’est-à-dire un homme capable de résister à la pression de sa famille biologique, la pression de sa famille politique, la pression de ses alliés politiques de circonstances, la pression de ses « amis et connaissances » et la pression de la « communauté internationale » , si ces différentes pressions vont à l’encontre des intérêts de la communauté.
La sagesse
Lorsque le léopard a tué une grosse proie, il se débrouille pour la monter sur un arbre. Ceci pour deux raisons, qui révèlent sa sagesse. Primo, il met son butin hors de portée d’autres prédateurs et charognards. Secundo, comme il n’a besoin que de 5 kilos de viande par jour, il garde le reste comme provision pour les jours à venir.
Pour les congolais, le chef doit être un homme sage. C’est-à-dire un homme qui décide après avoir écouté les différents points de vue de ses collaborateurs et partenaires, qui tient compte des moyens disponibles, de nos capacités réelles, de notre avenir et l’avenir de nos enfants, des conséquences éventuelles des différentes options, etc.
La rapidité
Le léopard est un animal très rapide. Lorsqu’il court derrière sa proie, il peut atteindre la vitesse de 50 km/h. Mais il ne perd pas son temps à courir longtemps derrière sa proie. Il s’arrête vite.Les congolais attendent de leurs chefs, à leurs différents niveaux, cette capacité de décider vite, de réagir vite face aux urgences. Mais le chef ne doit pas perdre son temps et son énergie dans des situations qui n’ont aucune importance pour la communauté.
À chacun de nous, responsables congolais, de faire son examen de conscience pour savoir si nous nous rapprochons ou, au contraire, nous nous éloignons de ce modèle de leadership du léopard que nos compatriotes espèrent que nous puissions incarner. Parce que je reste convaincu que seul ce modèle de leadership traditionnel, modèle du léopard, nous aidera à faire face aux nombreux défis qui sont devant nous et qui nous empêchent d’avancer vers un Congo où régnera la Paix, la Justice et où chacun trouvera un travail décent.
Thomas Luhaka Losendjola

