Mercredi 11 septembre, Kinshasa a vécu un de ces événements tragiques qui plongent une ville entière dans l’effroi. Pour des raisons qui lui sont propres, un jeune élève de 8ème primaire au Lycée Madame de Sévigné, a poignardé vigoureusement deux de ses camarades de classe. Si l’une des victimes est actuellement hospitalisée, dans un état préoccupant. L’autre, malheureusement, a succombé à ses blessures.
Cet incident a bouleversé non seulement la communauté scolaire, mais aussi l’opinion publique dans son intégralité. Ce geste de violence extrême perpétré par un enfant soulève de sérieuses interrogations sur l’encadrement des jeunes et la sécurité dans les établissements scolaires. S’agissant du sort de l’auteur du meurtre, rien n’est très sûr en ce moment. Et plusieurs se questionnent sur la suite de ce feuilleton, particulièrement au niveau des instances judiciaires.
Soucieux d’éclairer la lanterne, Ghislain Lukoji, professeur, spécialiste en droit privé et en sciences criminelles, auteur d’un manuel sur la protection des mineurs en droit congolais, a fourni des éclaircissements sur la gestion légale de cette affaire. Il explique que, selon la loi congolaise, un enfant de moins de 14 ans, même impliqué dans un acte aussi grave qu’un homicide, ne peut pas être jugé comme un adulte. « La loi prévoit que tout enfant en conflit avec la loi, âgé de moins de 14 ans, doit bénéficier d’une prise en charge psycho-sociale appropriée », précise-t-il, soulignant que la réhabilitation prime sur la répression pour faciliter la réintégration sociale de l’enfant.
Me. Lukoji souligne également que « même si l’enfant n’est pas de nationalité congolaise, il sera jugé selon la loi du pays où l’infraction a été commise, sauf s’il est membre de la famille d’un diplomate, auquel cas une autorisation de son État d’origine est requise. En cas de libération, la réparation du préjudice causé à la victime reste une condition essentielle ».
Le rôle des parents et des institutions scolaires en question
Ce drame relance le débat sur la responsabilité des établissements scolaires et des parents dans l’encadrement des enfants. La violence en milieu scolaire, souvent sous-estimée, semble devenir un problème croissant, particulièrement dans les écoles où l’encadrement psychologique est insuffisant. « Il est essentiel de partager les responsabilités, qu’il s’agisse de la responsabilité civile des parents ou de celle de l’école », insiste Ghislain Lukoji.
Les établissements scolaires, censés être des lieux sûrs, sont de plus en plus confrontés à des cas de violence, souvent négligés jusqu’à ce qu’une tragédie survienne. Les parents, pour leur part, sont appelés à jouer un rôle actif dans l’accompagnement de leurs enfants, particulièrement à un âge où ils sont très influençables. Cependant, dans un contexte de précarité, nombreux sont les parents qui, absorbés par les difficultés de la vie quotidienne, peinent à exercer une surveillance constante.
Me. Lukoji ajoute que « la détermination de l’âge du délinquant est une question préjudicielle en droit des mineurs, car elle conditionne la procédure et les modalités de prise en charge. Être en 8ème année ne signifie pas automatiquement avoir moins de 14 ans, même si la présomption de minorité est appliquée en cas de doute ».
Quelles solutions pour l’avenir ?
Au-delà des mesures répressives, des solutions préventives doivent être envisagées. Les autorités éducatives et les structures sociales doivent intensifier leurs efforts en matière de sensibilisation et d’encadrement, notamment à travers des programmes d’éducation civique, morale et psychologique, pour prévenir de tels drames. Des dispositifs de suivi des enfants à risque, en collaboration avec les services sociaux, devraient également être renforcés.
Cette tragédie survient après un autre incident violent impliquant un élève dans la province du Nord-Kivu, où un adolescent a été abattu par un homme armé au sein de son école, provoquant une nouvelle onde de choc dans la communauté.Bien que les circonstances diffèrent, ces deux événements illustrent une montée inquiétante de l’insécurité dans les établissements scolaires.
Une enquête a été ouverte pour faire la lumière sur les circonstances de cet acte dramatique, « les responsabilités doivent être clairement établies afin que les autorités compétentes puissent prendre les mesures nécessaires », a déclaré Raïssa Malu, Ministre d’État, Ministre de l’Éducation nationale et de la Nouvelle Citoyenneté.

