Il était une fois Docteur Nico, le dénommé dieu de la guitare

Partager sur :

Déclinons tout de suite son identité : à l’état civil, son nom était Nicolas Kasanda wa Mikalay. Sur scène, Docteur Nico suffisait. Icône parmi les icônes, cet artiste hors du commun, originaire du Grand Kasaï, au centre du Congo, a marqué la musique congolaise de son empreinte. Au chant, mais surtout à la guitare… qu’il maniait avec virtuosité. 40 ans après sa disparition, Sensationnel243 revient sur la carrière mythique de cet artiste que les plus jeunes ne connaissent peut-être pas.

Vraie ou fausse, la légende raconte qu’un 7 juillet 1935, au Kasaï, une femme sur le point d’accoucher entend au plus profond d’elle une mélodie étrange. Une douce guitare mêlée de rires et de pleurs, comme un prélude à une vie destinée à la musique. C’est dans cette ambiance divinement prémonitoire que naît Nicolas Kasanda, futur soliste hors pair, maîtrisant le soukous à la perfection.

En 1950, sa mère décide de quitter le Kasaï pour s’installer à Léopoldville (actuelle Kinshasa), espérant un avenir meilleur pour son fils. La vie dans la capitale est rude, les épreuves nombreuses. Mais rien ne détourne le jeune Nico de sa passion. Brillant élève, il parvient à concilier études et musique : il deviendra mécanicien, un fait rare pour un musicien de son époque.

African Jazz, le tremplin

Une fois les coins et recoins de Kinshasa maîtrisés, en 1953, âgé de seulement 14 ans, Docteur Nico décide de rejoindre l’orchestre African Jazz de Joseph Kabasele, alias Grand Kallé. Son talent, brut mais déjà puissant, explose. Très vite, il s’impose comme l’un des piliers du groupe, jusqu’à enregistrer son premier album en tant que soliste.

Sept ans plus tard, soit en 1960, il participe à l’illustre « Indépendance Cha Cha », hymne de la liberté, chanson phare des indépendances africaines. À cette époque, African Jazz est au sommet, et Docteur Nico est l’un de ses joyaux.

Le choc des ambitions

Mais le succès nourrit les égos. En 1963, les tensions internes provoquent la dissolution du groupe. Docteur Nico, toujours animé d’une volonté de création, fonde avec Tabu Ley Rochereau le groupe African Fiesta. Une aventure éphémère : deux ans plus tard, les deux se séparent. Nico fonde African Fiesta Sukisa, Tabu Ley crée African Fiesta National.

La carrière solo de Docteur Nico connaît un envol fulgurant. Il impose son style, enchaîne les tubes. « Tu m’as déçu chouchou » ou encore « Marie-Pauline » résonnent dans toute l’Afrique, vibrent dans les rues de Kinshasa.

Docteur Nico reste à ce jour l’un des rares à avoir véritablement rivalisé avec Franco Luambo Makiadi à son époque. Deux génies de la guitare, deux monuments, deux légendes qui se respectaient profondément.

Le 22 septembre 1985, à l’hôpital Saint-Luc de Bruxelles, après avoir fait son temps, Docteur Nico rejoint le firmament, à 46 ans, des suites d’une longue maladie. Près de quarante ans plus tard, son héritage musical est toujours vivant. Il reste un mythe, une étoile brillante dans le panthéon de la rumba congolaise…

Écrit par :

Osée Mfumfu
Osée Mfumfu
Rédacteur Web, JRI

À LA UNE

ACTUALITÉS CONNEXES