Il était une fois, Papa Wemba!

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Dans sa génération, il y avait d’abord lui, et puis les autres. Et quand il a senti que le vent commençait à tourner, il s’est retiré, artistiquement, à 66 ans, sur la scène ivoirienne du Femua, le 24 avril 2016, dans le sud d’Abidjan. 2016-2024, il y a 8 ans, mourrait Papa Wemba… Bref retour sur le passage terrestre d’un phénomène !

Une fois, je discutais avec un artiste, qui l’a de son vivant côtoyé. Et quand j’évoquais le nom de Papa Wemba, avec sourire, il me donnait toujours la même réponse : « Papa Wemba n’est pas mort, il a juste changé de place. Au rôle d’acteur principal qu’il occupait, drainant les foules et domptant les scènes. S’est substitué celui de souffleur, dans l’ombre, il continue d’assurer le tempo et d’inspirer des milliers d’artistes au Congo et à travers le monde ».

Naissance d’un phénomène

L’histoire de ce natif de Lubefu dans le Sankuru est un peu particulière. Il se raconte qu’à sa venue au monde en 1949. Son père, un ancien soldat à la poigne ferme, le voyait journaliste ou avocat. Mais, inspiré par sa mère, une « Pleureuse » professionnelle, Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, pour l’état civile. Se rêve d’un destin différent : la musique. Il fourbit ses armes au sein des chorales religieuses, en attendant le bon moment, qui va arriver à la suite d’un événement tragique : la mort de son père, en 1966.

Libre de suivre sa voie désormais, Papa Wemba ne perd pas du temps. Très vite, il rejoint Kinshasa, la capitale, à la fin des années 1960. Associé à d’autres grands noms de la musique congolaise, il participe en 1969, à la création du groupe Zaïko Langa Langa, qui se veut avant-gardiste de la rumba traditionnelle.

Bouillonnant d’idées et de génie. Papa wemba décide en 1977, de larguer ses propres amarres en fondant le label et le groupe Viva La Musica. C’est d’ailleurs avec ce groupe, qu’il deviendra le véritable phénomène musical et ambassadeur intemporel de la rumba congolaise qu’il a été et qu’il reste à tout jamais!

Exportation et influence

Ce n’est pas par hasard que certains le qualifient de plus grand musicien congolais du 20e siècle, et peut-être aussi de tous les temps. Des tubes, Papa Wemba en a, toute une pléthore : Maria Valencia, 4 minutes 29 d’adoration, Yolele, Rail on, Show me the Way, Blessure, Naomie ft Koffi Olomide, Saisai, Esclave, Maman, Est-ce que… Que de chefs d’œuvres qui ont transcendé les époques, et traversé les frontières du Congo.

Ce qu’il y a d’unique chez lui, c’est son génie. Mêlé à un brin de folie, il a réussi à le propulser au panthéon des insubmersibles. Au cours de sa carrière, à sa voix de rossignol, suave et perchée, Papa Wemba a ajouté des ornements : l’habillement, l’élégance, l’extravagance. Influencé par ses amis de l’autre rive du fleuve, le Kuru devient une des icônes de la Société des Ambiançeurs et Personnes Elégantes (SAPE), mouvement qui voue un culte aux vêtements, à l’apparence.

Avide de changement, Papa Wemba a été le premier ou presque, à exporter la rumba sous d’autres cieux, où plus exactement à la marier à d’autres styles, à la faire subir d’autres influences. En s’installant à Paris au milieu des années 80, il s’ouvre au monde entier, et les portes de tous les continents lui ont été définitivement ouvertes. Pas besoin de rappeler ses déboires. De Tokyo à la Havane, en passant par Berlin où Malabo, aucune capitale du monde n’a retenu ses larmes, lorsqu’a été annoncée sa mort.

Comme le disait Koffi Olomide, un de ses compagnons de route : « Dans la musique congolaise, Papa Wemba n’est pas un pion dans le jeu. Il est tout le jeu ». Aujourd’hui encore, le monde s’est souvenu du Chef du village Molokaï, comme s’il venait de partir…

Écrit par :

Ndaye Kazadi
Ndaye Kazadi
Auteur, Rédacteur Web, JRI

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