J’ai lu : « les femmes de Pakadjuma », d’Ange Kasongo

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Dès l’entame du livre, l’auteure plante un merveilleux décor pour asseoir la trame de son histoire. La narration y est excellente, l’écriture vivante, et dans chaque chapitre, on apprend quelque chose de nouveau qui enrichit notre culture générale. En vrai, « Les Femmes de pakadjuma », ce n’est pas que l’histoire d’Ophélie seule, c’est des petites histoires, des anecdotes, des digressions auxquelles peut facilement s’identifier tout Kinois.

Sorti pour la première fois en 2019, aux éditions du Net. « Les femmes de Pakadjuma » vient tout récemment d’être réédité aux éditions Mlimani. Ce livre dont la démarche s’inscrit dans le large champ du journalisme narratif, peut aussi être considéré comme un cas type d’immersion sociologique. L’auteure, qui joue (à souhait) avec les codes de l’Autobiographie, maintient un intéressant suspens entre deux univers : la réalité et la fiction, qui se confondent et se déboitent au fil des pages.

La généralisation, un impair !

Au-delà de mettre en lumière la situation précaire d’un bidonville (Pakadjuma), aussi célèbre que redouté. Ange Kasongo nous fait découvrir l’obvers de la médaille, la partie invisible de l’iceberg. Presque avec étonnement, on se rend compte que Pakadjuma ce n’est pas que ce marché de sexe et de tous les vices où tout peut se négocier et s’obtenir à vil prix.

Oui, dans ce livre, on découvre autres choses, un autre visage de ce bidonville souvent nargué et craint : des personnes bien, ambitieuses, qui rêvent, étudient, veulent s’en sortir. En fait, à Pakadjuma, elles n’y sont que parce qu’elles n’ont nulle autre part où aller. C’est une zone de transit, un point d’accueil pour elles, le temps de trouver mieux.

La quête identitaire !

Un autre questionnement auquel nous soumet ce livre, c’est celui sur la quête de l’identité. Subtilement, l’auteure met en scène une forme de tiraillement inaudible entre deux histoires ou plus exactement deux passés : celui de la mère Brigitte, qu’elle veut d’ailleurs oublier à tout prix. Et celui de la fille Ophélie, qui veut absolument le retrouver, peut-être pour se retrouver aussi. Ces passés s’opposent, mais au bout du bout, l’envie de la fille d’en apprendre un peu plus sur ses origines, l’emporte sur les réserves de la mère qui ne désire pas remuer son passé, au risque de le subir comme un couteau dans la plaie.

En fait, la démarche d’Ophélie nous montre aussi bien, qu’on a beau prendre de l’envol, aller loin, s’extirper de la précarité d’antan, mais on ne s’arrache pas facilement du milieu d’où l’on vient. À un moment de notre vie, par nostalgie ou par simple curiosité, on revient toujours aux sources, là où tout a commencé, pour jeter furtivement un œil, constater les dégâts ou admirer les avancées…

« les femmes de Pakadjuma » est une histoire assez particulière et intéressante, parce que, déjà, les faits ne sont pas romancés pour paraître plus beaux, ni très exagérés, pour êtres crus, choquants ou inhumains. L’auteure, aidée par sa maîtrise des codes narratifs que seul le journalisme sait offrir, expose juste les faits, tels qu’ils sont sans en faire de trop.

Ce livre, je l’ai lu et relu avec le même plaisir, la même délectation. Mon seul regret, la seule chose dont je pourrais reprocher à l’auteure, c’est ce fait qu’elle se soit arrêtée là, à cette 126e et dernière page. Mais, au fil du temps, et grâce à une expérience d’infatigable lecteur chèrement acquise, j’ai compris que les meilleurs livres, sont ceux qui nous laissent parfois sur notre faim…

La nouvelle édition du livre « Les femmes de Pakadjuma » est disponible aux éditions Mlimani. À lire absolument !

Écrit par :

Ndaye Kazadi
Ndaye Kazadi
Auteur, Rédacteur Web, JRI

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