Kinshasa, une illusion de beauté qui ne tient plus !

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À Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo, la soirée du samedi 5 avril à celle du dimanche 6 avril a tourné au désastre. Des pluies diluviennes ont provoqué dégâts et débordements énormes, notamment dans la partie Est de la ville, où la rivière N’djili est sortie de son lit, et a scellé tragiquement le sort de plusieurs ménages. Au-delà du drame, les interrogations : est-ce que cette ville mérite des gens comme nous ?

Commençons par cette piqûre de rappel. En tout cas pour beaucoup, la montée des eaux jusqu’à l’intérieur des habitations dans les quartiers environnants de la rivière N’djili dont Debonhomme, Ndanu et Petro Congo, a été une véritable surprise, alors que dans un système sérieux, l’alerte aurait déjà été donnée bien avant même, pour éviter ce genre de spectacle macabre.

« Je n’ai plus rien, c’est vers 22 heures que je me suis levée pour me soulager, en posant les pieds par terre l’eau arrivait jusqu’aux genoux, ne sachant pas quoi sauver, j’ai pris ma fille et nous nous sommes enfui », raconte par exemple Aldine, sous le choc et totalement désemparée.

Père de 5 enfants, le choc de Dido est tout aussi énorme : « Le courant d’eau était tellement puissant que le mur de la clôture s’est écroulé, tout est noyé sous les eaux », confie-t-il. Pour amortir ce choc, Dido a trouvé refuge dans une famille généreuse, mais après, que va-t-il se passer ? Il ne le sait pas encore.

Tout était réuni pour que ce drame ait lieu

On ne le dira jamais assez, depuis plusieurs années, en matière de préservation de l’environnement, Kinshasa est parmi les mauvais élèves, les très mauvais d’ailleurs. Sa beauté d’antan, n’est plus qu’une illusion. Tenez, par exemple, les eaux déchaînées de la pluie, ont rencontré les caniveaux bouchés, les constructions anarchiques et les décharges non évacuées. Sans hésiter, l’État congolais et la population par leur inaction et négligence, partagent les responsabilités de ce désastre. Chacun en est conscient, mais sur terrain ? Rien n’est fait.

« Le kinois ne respecte rien, les caniveaux sont devenus des poubelles. Si tu l’interpelles, il rétorque en disant : ( yo nde mutu ya liboso oko bongisa mboka ? En français courant : est-ce toi la première personne qui mettra de l’ordre dans ce pays ? », s’offusque Joël, jeune homme du quartier Ndanu, touché aussi par cette catastrophe. Face à l’étendue des dégâts, amèrement, Joel regrette : « maintenant l’eau ne sait pas trouver son chemin ». Les humains aussi d’ailleurs…

Après leur furie et leur lot de pagaille semée, dimanche, aux environs de 20h, les eaux commençaient à se retirer des habitations de certains quartiers. Selon le bilan provisoire communiqué par le gouverneur de la ville, plus d’une vingtaine de personnes ont perdu la vie et plusieurs dégâts matériels ont été dénombrés.

Oui, sous l’effet de l’émotion collective, des mesures ont été annoncées. Mais on connaît Kinshasa : une fois que l’émotion retombe, chacun va retourner à ses casseroles et faire ce qu’il a toujours fait d’habitude… en attendant le prochain drame !

Écrit par :

Ravanelly Ntumba
Ravanelly Ntumba
Journaliste, Chroniqueuse

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