Madilu System, « le grand Ninja » de la rumba !

Partager sur :

Le Grand Ninja, le James Brown congolais, le Grand Pharaon… Des surnoms, Jean de Dieu Bialu Makiese (à l’état civile), n’en a pas manqué de son vivant. Mais de tous, c’est « Madilu System» qui est resté le plus célèbre. Talent inné combiné au travail, ténacité face à toute épreuve, et une voix d’une singularité fascinante. Tels ont été les ingrédients qui ont fait de lui grand parmi les grands de son temps sur la scène musicale congolaise.

Entre succès et désillusions. On parcourt à travers ces lignes, la carrière d’un pilier de la rumba qui a tutoyé la perfection.

Riche en soubresauts, la vie de Madilu System n’a pas été un long fleuve tranquille. En 1950, à Kisantu dans l’actuel Kongo-central, quand il vient au monde, il débarque aussi avec son talent. On dit que ses pleurs avaient une musicalité différente (ndlr).

Ses parents, conscients du don de leur fils, le laissent aller là où il peut le mieux être forgé et encadré : l’église. Le jeune Madilu intègre la chorale d’une église catholique, et sa voix superbe, empreinte d’une évidente mélancolie ne laisse personne indifférent. Tout le monde l’adule. Dans son entourage, il est considéré comme une pépite. Partout où il va, il s’impose sans forcer.

On dit que les années apportent au talent la maturité. Et la maturité se révèle souvent par la portée des décisions qu’on prend. Jeune adulte, totalement sûr de lui et prêt à passer un cap, Madilu System change de trajectoire en 1970. La chorale de l’église c’est bien, mais elle ne peut pas contenir son talent. Son rêve est ailleurs, et cet ailleurs, il ne va pas tarder à le rejoindre.

Décidé contre vents et marées à faire carrière dans la musique populaire, il intègre le groupe Bamboula du guitariste Noël Nedule, au sein duquel il s’aiguise et apprend ce qu’il n’avait pas appris à l’église. Il y passe du temps et y gagne en expérience.

Cette expérience, il va la mettre à l’épreuve en s’associant aux artistes Yosha et Pinduleur avec qui, ils montent le groupe «Bakuba Mayopi». Visiblement pas prêts, leur union accouche d’une souris. L’orchestre créé ne fait pas long feu, le trio se disloque.

Déterminé, Madilu System ne baisse pas les bras. Après l’expérience non concluante en équipe, il opte pour faire cavalier seul, voler de ses propres ailes. Il met en place quelques années après, une formation dont il est le seul maitre à bord, « Pamba Pamba ». Si l’artiste ne manque pas d’inspiration, le manque de stratégies et d’ingrédients pour tenir un groupe va lui coûter cher. Après une courte période, la formation bat de l’aile, le bateau tangue, et disparaît très vite des radars. Nouvelle désillusion.

Tabu Ley, Franco… ascension et fulgurance

Dans la vie : « Il paraît que tous les grands peintres ont d’abord observé les grands Maîtres ». Et Madilu System n’était pas fait pour déroger à cette règle. Si sa formation avait disparu, son talent lui restait intact. C’est comme ça qu’un jour, il séduit par sa voix au charme envoûtant, un artiste dont le nom impose révérence et respect : l’immense Tabu Ley Rochereau. Son passage éclair au sein du groupe « Afrisa international » de Tabu ley, lui permet de se faire rapidement connaître.

L’ascension tant attendue, va véritablement arriver au début des années 1980, quand Madilu System rejoint le « TP OK Jazz », de l’immarcescible Franco Luambo Makiadi. Auprès du grand maître, il se taille une réputation, construit sa légende, et interprète des tubes qui traversent les frontières et font de lui une vedette africaine respectée.

« Mario », ce titre, qui peut avoir l’impertinence de prétendre ne pas le connaître ? Tube parmi les tubes, ce morceau écrit par Franco et interprété par Madilu System, a propulsé le Grand Ninja dans une autre dimension. Hier et aujourd’hui, Mario continue de donner du fil à retordre à d’autres productions, mêmes les plus jeunes. Au monde, les non locuteurs du lingala ont retenu le nom, mais bien peu en ont compris le sens. Cette chanson a connu un succès sans précédent.

La magnifique collaboration entre les deux phénomènes de la musique congolaise, ne va malheureusement pas être de très longue durée. En 1989, quand Franco décède en Belgique, Madilu devient orphelin de son maître. Toutefois, le départ du maître ne freine en rien la carrière de l’élève. Au sein du TP, le Grand Ninja enchaîne de grosses performances, à l’instar de l’opus « Eau bénite », écrit par le poète et génial guitariste Lutumba Simaro.

Enfin une carrière solo à la hauteur de son talent

En Afrique, souvent quand meurt un leader, il emporte avec lui les piliers de son œuvre. Et le TP n’a pas résisté au départ de Franco. Les disputes et guerres des clans on fait s’écrouler l’illustre formation. Les artistes, décident alors chacun de creuser leur sillon ailleurs.

En 1994, Madilu system sort un album solo, « Sans commentaire ». Les critiques ne tardent pas à saluer. « Ya Jean », un des titres de l’album, sort du lot et devient un hit. Le grand Ninja est récompensé à sa juste valeur et poursuit sa route. En 2007, alors qu’il a 57 ans, Madilu succombe aux cliniques universitaires de Kinshasa, des suites d’une longue maladie. 18 ans après, l’élève rejoint son maître Franco qui l’avait précédé outre-tombe.

« Bonne humeur », un album posthume sort juste après. Un titre « Kupanda », cartonne et tout le monde salue unanimement le talent d’une étoile qui a fait rayonner le Congo à travers le monde. Près de deux décennies après son départ, le Grand Ninja continue de briller tel un feu follet dans le cercle restreint de grands artistes qui ont marqué le Congo de leurs indélébiles empreintes.

Écrit par :

Osée Mfumfu
Osée Mfumfu
Rédacteur Web, JRI

À LA UNE

ACTUALITÉS CONNEXES