Voué aux gémonies à tort par les uns, apprécié à sa juste valeur par les autres. Le morceau « Ba mères » du rappeur Khonee en duo avec Tmor, est un portrait amusant mais sensiblement peint par les deux artistes qui, loin des intentions dépravées qu’on leur prête, questionnent la pureté du plus noble des sentiments : « l’amour ».
Oubliez le tralala, le bling bling, les gangs et autres cocktails explosifs qui vous viennent avec raison en tête lorsque le mot rap traverse votre esprit. Oui, il existe bien des rappeurs qui aiment sortir des sentiers battus, se jouer des codes et des clichés paisiblement ancrés dans la société. Dans « Ba mères », Khonee et Tmor posent un diagnostic effrayant de ce que sont devenues de nos jours les relations amoureuses.
L’amour, c’était mieux avant. Actuellement, c’est un fond de commerce. Un rendez-vous du donner et du recevoir, un marché de dupes où chacun cherche à tirer son épingle du jeu au détriment de l’autre. On est très loin de l’époque où les paroles suffisaient, où un regard faisait toute l’affaire. Aujourd’hui, tout est calculé et calculable. L’argent est au centre de tout. Les filles préfèrent les vieux. Les garçons cèdent de plus en plus aux sirènes de plus vieilles « Ba mères », comme ironisent les deux artistes.
Ballon d’essai d’un EP « Mauvaise éducation », en gésine. « Ba mères », est une œuvre unique, non parce qu’elle est sujette aux interprétations diverses et parfois confuses. Mais parce que, loin des intentions qu’on lui prête, elle use d’un procédé bien différent, alliant à la fois autodérision et autoflagellation, pour attirer l’attention sur la tournure prise par une question presque existentielle.
Au-delà de l’approche subtile à travers laquelle les artistes abordent cette thématique. De l’humour un peu décalé qu’ils mettent dans ce son. De leur technique impressionnante. « Ba mères », est une pièce de collection aussi bien par son fond que sa forme. Le clip alterne des visuels colorés et des chorégraphies toutes aussi superbes. Dans un environnement musical où la rumba règne sans partage sur les autres genres. « Ba mères », par son style narratif, est une bouffée d’oxygène qui nous change un peu de la routine et appelle en même temps à la réflexion.

