Au début des années 1970, alors que son orchestre « Vévé » vient de subir un important revers : le départ du génial trio « Mario-Djeskain-Sinatra », qui en faisait la gloire depuis sa création. Georges Kiamuangana Mateta, ou simplement Verckys à la scène, décide de prendre les choses en main, pour redresser la barque. c’est alors qu’il sort « Nakomitunaka », titre culte qui fut considéré comme un affront par l’église…
Dans « Nakomitunaka », entendez : je me pose la question. L’artiste, traversé par une série d’interrogations sur l’essence de son être, et bien plus encore sur le visible et l’insivisible qui l’entourent, décide de franchir le rubicon, en donnant de la voix à ses profondes intellections à la limite de la métaphysique.
De sa voix irisée et sur un arrangement rumba simple et basique, il se questionne non sans un certain cynisme dans le timbre sur : « l’origine profonde de l’homme noir, sa place dans la religion, son rapport avec le divin ».
« je me demande, oh Dieu je continue à me demander… D’où vient la peau noire ? Qui est notre premier ancêtre ? Jesus le fils de Dieu est-il blanc ? Adam et Eve le sont-ils aussi ? Tous les saints sont des blancs, mais pourquoi ? Pourquoi nous nous acceptons les prophètes des blancs, alors qu’eux ne croient pas à nos prophètes à nous, les noirs ? D’où vient cette injustice ? », s’interroge Verckys.
Si rapidement ce titre devient un tube à Kinshasa à sa sortie, en 1972. Au sein de l’eglise, il est considéré comme une hérésie, un affront qui va valoir à l’artiste l’excommunication. « Après la sortie de cette chanson, j’ai été notifié de l’excommunication par l’Église catholique ; on m’a exclu en tant que chrétien de l’Église catholique », se souvenait-il en 2009, au cours d’une interview accordée à une radio belge.
Artiste touche à tout, au sens des affaires aiguisé, Verckys Kiamwangana est de ceux qui ont écrit en lettres d’or, l’histoire de la musique congolaise. Sa course terrestre s’est achevée le 13 octobre 2022, à 78 ans.

