Le 09 juin dernier, c’était le lancement de la 4ème édition de la Rencontre des dramaturges à Kinshasa. Se déroulant au Tarmac des auteurs de Kinshasa, l’activité ressasse cette année les multiples visages de l’amour : passion, déception, sacrifice et rancœur. Et quoi de mieux qu’une adaptation de Roméo et Juliette de William Shakespeare, repensée dans un contexte congolais, pour ouvrir le bal ?
Sous la direction de la metteuse en scène marocaine Sanae Assif, cette adaptation de ce chef-d’œuvre du XVIe siècle transpose l’éternelle histoire des amants de Vérone dans la réalité kinoise contemporaine. La tragédie des deux jeunes gens, victimes de la haine ancestrale trouve un écho particulier dans les tensions tribales qui traversent encore la société congolaise.
« Ils sont morts tous les deux, et il fallait que ce sacrifice soit accompli pour que la paix revienne », explique Sanae Assif, qui a sélectionné les scènes les plus emblématiques de l’œuvre originale. J’ai voulu mettre l’accent sur les passages qui révèlent l’absurdité des conflits hérités. »

Pendant plus d’une heure, douze comédiens dont quelques étudiants de l’Institut National des Arts (INA), ont transporté un Tarmac des Auteurs comble dans l’univers tragique des amants maudits. La metteuse en scène a délibérément laissé une marge d’interprétation à ses acteurs : « En tant que metteuse en scène, je leur ai laissé une marge de liberté pour qu’ils puissent exprimer leur personnalité à travers les différents Roméo et Juliette qu’on a vus, mais aussi incarner d’autres personnages de la saga, avec leur propre sensibilité. »
Mélissa, qui interprétait Juliette, livre une lecture percutante de son rôle : « Il faut enterrer la xénophobie et la haine entre les humains pour permettre aux gens d’exprimer librement leurs sentiments. Nous devons en finir avec le tribalisme dans le choix de nos partenaires. Ce poison ne nous permet pas de choisir délibérément ceux avec qui nous voulons construire notre vie. », a-t-elle confié.

Cette adaptation d’une étonnante justesse, prend tout son sens dans une société congolaise où les mariages inter-ethniques restent parfois source de tensions familiales, rappelant étrangement le classique shakespearien.

