Transparence budgétaire à Kinshasa : cinq freins qui bloquent le contrôle citoyen

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Le Centre d’études pour l’action sociale (CEPAS), dans la commune de la Gombe, a accueilli ce jeudi 21 mai un exercice rare de transparence budgétaire. Réunis à l’initiative de la plateforme « Le Congo n’est pas à vendre » (CNPAV), des représentants de la société civile, des journalistes économiques et des experts en finances publiques ont passé au crible le budget prévisionnel 2026 de la ville-province de Kinshasa.

L’objectif affiché était d’améliorer la transparence et l’inclusion dans la gouvernance financière de la capitale. Les débats ont surtout mis en lumière les obstacles qui rendent tout suivi citoyen difficile, sinon illusoire.

Publication irrégulière et accès limité à l’information

Un des intervenants, Luc Lukusa, a d’emblée dénoncé une publication irrégulière et un manque flagrant de rigueur. Plus grave : il a pointé une tendance à reconduire d’une année sur l’autre des documents quasi identiques. « Nous nous retrouvons parfois avec une simple copie conforme du document de l’année précédente », ont déploré les participants. L’absence de diffusion proactive empêche journalistes et chercheurs de mener toute analyse comparative sérieuse.

Complexité du langage budgétaire

Les documents officiels, denses en chiffres et avares en explications, restent inaccessibles au grand public. Ce déficit de vulgarisation confine le débat budgétaire à quelques initiés. Plusieurs participants ont appelé à la production de synthèses claires, assorties d’indicateurs lisibles et de notes méthodologiques.

Barrière linguistique

Publiés quasi exclusivement en français, les documents excluent une part importante de la population congolaise qui s’exprime en langues locales. Cette fracture fragilise la reddition de comptes et réduit la portée des campagnes de sensibilisation.

Faiblesse des capacités de la société civile et des médias

Les organisations locales manquent souvent de formations en lecture budgétaire, d’outils de vérification et de ressources pour assurer un suivi régulier. Sans renforcement des compétences, la surveillance citoyenne reste ponctuelle et peu systématique.

Blocages institutionnels et politiques

Le manque de volonté politique, les délais de publication non respectés et l’absence de mécanismes de recours face aux anomalies constatées entretiennent la défiance entre autorités et citoyens, et limitent l’impact des initiatives de suivi.

Face à ces obstacles, les participants ont formulé plusieurs recommandations concrètes : constituer des noyaux budgétaires dans différentes communes, publier les documents en formats ouverts et structurés, produire des résumés vulgarisés et des traductions en langues locales, former journalistes et sentinelles budgétaires, et créer des plateformes collaboratives associant médias, société civile et élus afin de centraliser les données et les analyses.

Ces discussions ont permis de comprendre que la bataille pour une gouvernance budgétaire transparente ne se gagne pas seulement sur le terrain des chiffres. Elle exige de lever les barrières d’accès à l’information, de simplifier le langage public et de renforcer les capacités locales conditions pour que la société civile puisse exercer pleinement son rôle.

Écrit par :

Ravanelly Ntumba
Ravanelly Ntumba
Journaliste, Chroniqueuse

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