Au-delà de ses richesses du sol et du sous-sol, la République démocratique du Congo (RDC) regorge de talents dans divers domaines artistiques, aussi bien sur son territoire qu’à l’étranger. À travers leurs œuvres et leur participation aux grands rendez-vous internationaux, ces artistes contribuent au rayonnement culturel du pays. Mais derrière les prix et les applaudissements, une réalité persiste : le manque d’accompagnement de l’État.
Le parcours de Baba Tshikama illustre cette situation. Lauréat du deuxième prix RIPO-Canex lors de la Rencontre internationale de la peinture de Ouagadougou, au Burkina Faso, cet artiste pluridisciplinaire a déploré, le week-end dernier, l’absence de soutien administratif, moral et financier des autorités congolaises. Pour lui, participer à un événement culturel à l’étranger ne consiste pas seulement à exposer une œuvre ou à monter sur scène. Cela nécessite des moyens pour financer le voyage, l’hébergement, le transport du matériel et les démarches d’obtention des visas.
Fort de vingt ans de carrière, l’artiste affirme que ces contraintes compliquent la représentation de la RDC à l’étranger. Il évoque notamment deux refus de visa, l’un pour le Maroc et l’autre pour le Canada, qui l’ont empêché de participer à des expositions. Ces occasions manquées ont également limité ses possibilités de promouvoir sa carrière et de faire connaître la culture congolaise à l’international.

« Si on ne peut pas bénéficier d’un soutien, le fait d’être reconnu sur les plans administratif et politique nous donnera la facilité d’obtenir les visas et d’autres facilitations », plaide-t-il. Baba Tshikama interroge ainsi la place accordée aux artistes dans la promotion de la RDC. Il compare leur situation à celle des Léopards, qui bénéficient d’une attention particulière lorsqu’ils défendent les couleurs nationales dans les compétitions sportives. Selon lui, les artistes de différentes disciplines méritent également un accompagnement à la hauteur de leur contribution au rayonnement du pays.
Le soutien attendu ne doit toutefois pas se limiter à des financements ponctuels. Il passe aussi par une reconnaissance officielle, la simplification des procédures administratives et la mise en place de mécanismes transparents de financement. L’artiste appelle ainsi les ministères concernés, les entreprises privées et les institutions culturelles à s’impliquer davantage dans la promotion des talents congolais. Il plaide également pour la décoration des artistes visuels au rang de chevaliers, afin de consacrer officiellement leur contribution à la culture nationale.

Faute d’une politique culturelle cohérente et d’un accompagnement adapté, de nombreux artistes congolais continuent d’évoluer avec des moyens limités. Cette situation fragilise leurs parcours et réduit leurs possibilités de représenter le pays sur la scène internationale. Soutenir les artistes, c’est aussi investir dans la visibilité de la RDC, la valorisation de son patrimoine culturel et son influence au-delà de ses frontières.

