Délit de faciès et menaces ouvertes : Sommes-nous étrangers dans notre propre pays ?

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Les mots semblent dérisoires face à l’indignation que nous ressentons. Nous, Divine et Michee Sukulati, Congolais d’origine du Kongo Central et Luba, sommes victimes d’une injustice flagrante dans notre propre pays. Des discriminations systématiques liées à notre apparence physique nous enferment dans un quotidien fait de préjugés, de menaces et d’insultes. Que ce soit dans les rues de Kinshasa ou sur les réseaux sociaux, nos traits sont remis en question, notre nationalité moquée, et notre sécurité menacée.

À l’université, lors de notre inscription, un agent nous a injustement demandé de payer des frais d’inscription doublés, sous prétexte que nous serions des étrangers. Ce n’est qu’en prouvant notre citoyenneté congolaise, après maintes insistance et humiliation, que nous avons été traités comme tout autre étudiant. Cet incident n’était pourtant qu’un échantillon des brimades auxquelles nous devons faire face.

Dans les rues, même les policiers, ceux qui sont censés veiller à notre sécurité, se permettent de nous menacer. « Vous êtes des Rwandais », nous disent-ils. Sur TikTok, la violence verbale est omniprésente : des menaces de mort, des injonctions à retourner dans un pays qui n’est même pas le nôtre, et des accusations infondées de complicité dans les conflits à l’Est du Congo. Nous sommes réduits à des stéréotypes de personnes venues d’ailleurs, des cibles faciles pour des esprits malveillants qui alimentent les tensions ethniques.

Ces discriminations nous forcent à réévaluer notre sentiment d’appartenance. Nous sommes Congolais, fiers de l’être, mais dans un pays qui semble sans cesse remettre en question notre identité. Pourquoi devrions-nous prouver notre citoyenneté chaque jour alors que notre nationalité ne fait aucun doute ? Pourquoi subissons-nous des jugements fondés sur des apparences physiques ? Pourquoi, malgré des documents officiels congolais, sommes-nous toujours traités comme des étrangers ?

Lors des manifestations contre les violences dans l’Est du pays, la peur nous envahit. Il nous est arrivé de fuir vers Muanda, car nous ne nous sentions pas en sécurité à Kinshasa. Les menaces se multiplient à chaque tournant. Et même lorsque nous voyageons en dehors des frontières, notre passeport congolais est souvent remis en question, comme si nous n’étions jamais chez nous, où que nous soyons.

Ces discriminations ne sont pas seulement des mots en l’air ; elles nourrissent un climat de haine et de division, déshumanisant ceux qui en sont victimes. Elles remettent en cause les valeurs fondamentales d’unité et de fraternité qui devraient prévaloir au sein de notre société. Les réseaux sociaux, qui devraient être des plateformes d’échange et de partage, se transforment pour nous en lieux d’intimidation où le droit à l’expression est violé par des harcèlements incessants.

Nous appelons à une prise de conscience collective. Lutter contre les discriminations, c’est préserver l’intégrité de chaque citoyen congolais. Nous avons le droit de circuler librement dans notre pays sans crainte, d’être jugés pour nos actions et non pour nos traits, de vivre sans menace sur notre vie et notre dignité.

Le Congo est notre terre, notre patrie. Mais chaque jour, nous nous sentons de plus en plus éloignés de cette appartenance par des inconnus, des personnes malveillantes qui nous jugent durement et nous condamnent sans nous connaître, sans connaître notre histoire.

La discrimination raciale met en péril les fondements mêmes de notre société. Elle érode des années d’efforts consacrés à promouvoir l’égalité entre les individus et au sein des communautés, menaçant ainsi l’engagement central des objectifs de développement durable : « ne laisser personne pour compte ». Attaquer la dignité de quelques-uns d’entre nous, c’est porter atteinte à notre humanité collective

Tribune signée par Divine Sukulati et Michee Sukulati.

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