Si pour les censeurs, il est un paria qui corrompt les mœurs et détourne les esprits. Auprès du public, son génie est incontesté, incontestablement vénéré. Sa musique, très rythmée et empreinte de gimmicks parfois un peu trop libres, s’infiltre partout et s’invite à toutes les occasions, même là où on ne l’attend pas…
Disons-le d’entrée de jeu : il y a un an, personne n’aurait parié sur une telle fulgurance. Et d’ailleurs, rares sont ceux qui le connaissaient encore. Pourtant, actuellement, il est l’un des artistes les plus prisés, les plus joués dans les fêtes, les rassemblements, les bars Kinois. Et sans conteste, pour beaucoup de mélomanes, la révélation musicale congolaise de cette année est bien évidemment cet intrigant artiste approchant la trentaine, au tempérament calme et à la silhouette longiligne.
Si le public l’a découvert étonnamment, comme un cheveu dans la soupe. Ses proches, ceux qui le connaissent beaucoup mieux, ne semblent pas surpris par son ascension : « Je savais qu’il allait percer », a récemment déclaré le célèbre artiste Heritier Wata, un des maîtres incontestés de la rumba congolaise actuellement, que DJ Mombochi côtoie depuis un bon bout de temps.
Un style déroutant, à la fois honni et adulé
On décrit avec raison, la Rumba comme l’indétrônable genre qui impose sa loi et élève des stars au Congo-Kinshasa. Mais de temps en temps, comme une bouffée d’oxygène, certains styles musicaux parviennent à se frayer un chemin, et trouver leur place, aux côtés de l’inusable Rumba. Parmi ces styles, se trouve le « Décalé ».
Controversé autant qu’il est apprécié, le décalé a souvent fait ses preuves à Kin, même si rarement, il a été considéré à sa juste valeur. Réputé pour la vivacité de son rythme, sa trop grande liberté de ton que les puritains jugent perverse. Le décalé sait récompenser ceux qui lui font honneur, et DJ Mombochi ne fait donc que récolter les fruits de son travail bien fait…
Sorti il y a près de 10 mois, son titre « Mbongo », qui l’a placé sous les feux de la rampe, cumule à ce jour plus d’un million de vues sur Youtube. Et « Esende », le plus récent, est sur une bonne trajectoire aussi. Sa fanbase, surnommée les « Chimbocks », s’accroit un peu plus chaque jour, ce qui témoigne de son aura, et du retentissement de son œuvre.

Auprès de ses pairs, Dj Mombochi est un artiste courtisé. D’Ibrator Contre Maître à Samarino, en passant par Héritier Wata ou encore Gally Garvey. Chacun veut à sa manière s’offrir ses services. Et à chaque fois, dans un concert ou dans un feat, sa magie opère, et les fans en raffolent.
Ce qu’on lui reproche !
Si « Mbongo » l’a fait connaître auprès du public, il lui a aussi attiré des ennuis judiciaires. Censuré en début d’année par la Commission Nationale de Censure des Chansons et des Spectacles en RDC. Ce titre a valu quelques semaines de réclusion à son auteur.

En effet, les biens-pensants reprochent à DJ Mombochi de faire l’apologie de la déviance, de la luxure, de la perversité. Ils interprètent les non-dits, brandissent comme preuves les sous-entendus, et lui imputent (à la place de la langue « le lingala ») les liaisons qui sonnent comme des allusions à autre chose…
Et après ?
Kin a sa particularité : si elle s’affiche souvent comme une ville indomptable, elle sait au moins faire quelques concessions. Parfois, elle accepte de partager sa lumière et sa sulfureuse popularité avec les plus courageux d’entre ses habitants qui ont le cran de la défier. DJ Mombochi l’a compris, et il a saisi sa chance. Mais pour combien de temps cela va-t-il durer ? Ça, c’est à lui d’en décider. Car tout passe très vite à Kin…

