Kinshasa, c’était mieux avant !

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Autrefois belle, Kin d’aujourd’hui est une ville rebelle, poubelle qui se refuse à tout changement et croupit dans une crasse innommable. Les années où la célèbre capitale de la RDC était enviée, sont bien loin derrière elle. Chaque encablure a son lot d’immondices, chaque coin de rues (même ceux des quartiers huppés), est une grosse décharge. Kinshasa se meurt on ne peut plus chaque jour, sous nos yeux… constat implacable.

Les communes de Kinshasa, toutes sans exception aucune, rivalisent sur un point à ce jour : leur capacité à s’enlaidir sous des tonnes de déchets et accueillir les visiteurs avec des senteurs qui pourraient se traduire comme un avertissement : « Attention ! ici obsolescence irrémédiable ». À l’ère du tout recyclable, que c’est triste d’imaginer que Kin manque d’issue, de solution pour redorer son blason et retrouver son charme d’antan.

Les rues, les égouts, le fleuve, les rivières, tout à Kinshasa est poubelle géante, et cela ne choque plus grand monde de nos jours. Les Kinois ont fini par s’en accommoder. Et pour la plupart, à chaque fois qu’on les interpelle sur leur rapport avec la propreté et les bonnes habitudes, une parade est toute trouvée : « Nga nde mutu nako bongisa mboka te. Entendez : est-ce moi qui vais changer ce pays ? ».

À ce comportement réfractaire, d’autres justifient leur conduite par une mauvaise politique d’assainissement de la ville. « Dans des carrefours comme ici à victoire nous devrions trouver des poubelles publiques après deux avenues. Vous n’allez pas me demander de me promener avec une bouteille d’eau vide, un sachet à la main jusqu’à mon retour à la maison », se justifie Justin Kimuena, rencontré au rond-point victoire, dans l’ouest de Kinshasa.

Pour Marlène Nkaku, la responsabilité est partagée entre la population et les autorités urbaines, « La population ne se rend pas compte qu’en jetant les ordures dans des caniveaux, devant les parcelles, cela provoque des inondations, et peut bien être la cause de plusieurs maladies. Et les autorités elles, semblent dépassées par les évènements. À chacun de jouer son rôle et tout ira bien », déclare t-elle.

Selon les estimations, Kinshasa produit au moins chaque jour, près de 10 000 tonnes de déchets, lesquels déchets majoritairement constitués d’ordures ménagères. Si les chiffres sont affolants, il est notable de se poser une question : « où est-ce que sont amenées par les éboueurs, ces tonnes d’ordures journalières ? ».

En quête de réponses, on a poursuivi notre ronde. Et elle nous a conduits au quartier Debonhomme, dans la commune de Matete. Là-bas, le constat est amer : la plupart des ordures ménagères emportées par les éboueurs, sont déversées dans la rivière Ndjili… et cela est confirmé par un éboueur anonyme, sous contrat avec une ONG.

« Les ordures que nous ramassons dans chaque ménage, nous les jetons le long de la rivière Ndjili. Des fois nous les jetons là où il y a des érosions pour tant soit peu freiner l’avancée », déclare-t-il.

Si Kin est une grosse décharge, ce n’est pas faute d’initiatives. Au cours de son règne, Gentiny Ngobila, gouverneur sortant, avait lancé une opération : « Kinshasa Bopeto », qui se voulait pour ambition d’assainir toute la ville. Mais, malheureusement, ce programme s’est soldé sur un irréfutable échec. Alors que Kinshasa s’apprête à se soumettre à ses nouveaux maîtres, une importante question vrille les cervelles : « vont-ils enfin réussir là où les autres ont échoué ? », l’interrogation reste en suspens… Kinshasa est une ville pas comme les autres.

Écrit par :

Ravanelly Ntumba
Ravanelly Ntumba
Journaliste, Chroniqueuse

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